Vins et vignobles d'Australie
Parmi les vignobles du «Nouveau Monde», l’Australie est certainement le pays viticole le plus innovateur, qui a bâti en quelques décennies son propre modèle de production, adapté à ses contraintes locales sans chercher à copier ce qui se faisait déjà dans les pays de l’ancien continent. Mécanisation, vinification en conditions réductrices en sont quelques illustrations.
Histoire du vignoble australien
Introduite en 1788 par le capitaine Arthur Phillip, en Nouvelle-Galles du Sud, la vigne se répandit au XIXe siècle dans beaucoup de régions du pays, mais le vignoble demeura longtemps concentré dans le sud-est et l’extrême sud, dans des régions ensoleillées mais relativement fraîches.
En 1831, l’Ecossais James Busby, souvent appelé « le père de la viticulture australienne », ramena d’Europe du matériel végétal, principalement français et espagnol afin d’améliorer le vignoble australien. Une des variétés collectées était la Syrah, bien que Busby ait utilisé deux orthographes fantaisistes : Scyras et Ciras. Les boutures furent plantées dans les Jardins botaniques royaux de Sydney, dans la Hunter Valley avant d’être introduites en Australie-Méridionale en 1839. Les premières structures viticoles du pays se sont installées dans la Barossa au milieu du 19 siècle (Penfold’s 1844). L’industrie viticole a vivoté jusqu’à la fin des années 1980, traversant successivement des phases de surproduction de vins rouges (1970) et de stagnation de la consommation intérieure (1980). C’est à partir des années 1990 que l’Australie viticole va véritablement prendre son envol en s’orientant et se focalisant vers l’export. En l’espace d’à peine 20 ans (1990-2007), la surface viticole du pays a été triplée (graphique 1) !! Après 20 ans de croissance continue le vignoble australien a enregistré un léger recul depuis 2007.
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Graphique 1 : Evolution du vignoble australien
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Tableau 1 : Etat du vignoble et de la production
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Aperçu du vignoble, de l’encépagement et de la production de vin
Selon les sources OIV (tableau 1), l’Australie se plaçait en 2009 au 12ème rang mondial pour la surface totale de son vignoble et à la 7ème place pour sa production de vin. En 2009, elle comptait 2400 producteurs de raisins (moyenne de 7.2 ha/producteur) pour 1000 structures vinicoles de tranformation.
Les cépages blancs les plus plantés en 2009 étaient le Chardonnay (31 500 ha), le Sémillon (6 700 ha), le Sauvignon blanc (6 400 ha) et le Riesling (4 400 ha). D’autres cépages, comme le Pinot Grigio ou le Viognier, progressent rapidement. On nous a également parlé à plusieurs reprises du Fiano, peut être l’un des cépages d’avenir, originaire du Sud de l’Italie, de la région de Naples. L’encépagement en rouge est largement dominé par la Syrah qui représentait 44 000 ha en 2009. Elle est suivie par le Cabernet Sauvignon (27 500 ha), le Merlot (10 800 ha), le Pinot Noir (4 500 ha) et le Grenache (2 000 ha). Le Cabernet Franc est l’un des cépages qui progresse le plus rapidement. Les variétés méditerannéennes (Mourvèdre, Sangiovese, Tempranillo, Montepulciano) ont également le vent en poupe.
Les principales régions viticoles d’Australie
L’Australie compte 64 régions viticoles, réparties sur 7 états. L’Australie méridionale, au climat océanique tempéré, ayant pour capitale Adelaïde, concentre avec 75 000 ha, près de la moitié de la production nationale.
Par ordre d’importance, les principales zones viticoles du pays sont :
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Le Riverland (21 300 ha). Il s’agit de l’un des moteurs de la production viticole australienne. La forte disponibilité en eau, en plein coeur du bassin de la Murray River, permet d’irriguer et de soutenir des rendements élevés.
Le climat y est très chaud pendant la phase de maturation des raisins. - Riverina (20 400 ha). Le fief de Yellow Tail et la région cousine du Riverland, situé en Nouvelle Galle du Sud, l’état de Sydney. L’essor de Casella Wines a très largement contribué au développement de cette région viticole qui représente aujourd’hui 55% de la production de l’état et compte pour 15% de la production nationale
- La Limestone Coast (15 000 ha). Une autre zone réputée pour ses Shiraz et ses Cabernet Sauvignon. Elle est composée de plusieurs sous-régions comme Padthaway, Coonawarra, Wrattonbully, Mount Benson. Le terroir de Coonawarra et ses «terra rossa» sont réputées mondialement pour produire des Cabernet Sauvignon d’exception
- La Barossa valley (12 400 ha). Il s’agit de l’une des régions les plus anciennes et les plus réputées du pays notamment pour ses Syrah. Située à une heure environ d’Adelaïde, la région accueille tous les grands noms de la viticulture australienne
- Clare valley (5 000 ha). A une heure au nord de la Barossa, la région de Clare jouit de températures très élevées pendant la période estivale. Ces températures sont tempérées par l’altitude et les vents frais soufflant en cours de journée. La région est réputée pour ses Riesling et ses Syrah.
- Hunter valley (4 500 ha). Située en Nouvelle Galle du Sud, à proximité de Sydney, la Hunter valley bénéficie d’un climat semi-tropical, caractérisé par des températures caniculaires et d’importantes précipitations de janvier à avril. La région est réputée pour ses Sémillon à faible degré (9% TAV) et au fort potentiel de vieillissement.
- MacLaren vale (3 600 ha). Au Sud Ouest d’Adelaïde, la région jouit d’une importante influence océanique. Il s’agit de la première région «verte» d’Australie puisque les producteurs se sont engagés dans une démarche écologique. La région est fameuse pour ses assemblages de style rhodanien à base de Shiraz et de Grenache.
- et de nombreuses régions au climat plus frais («cool climate») en plein développement et à la réputation grandissante (Yarra Valley, Tasmanie, Mornington peninsula , Margaret River...) se focalisant sur la production de Chardonnay, Pinot Noir, Sauvignon et de vins effervescents.
Dans l’impossibilité technique et logistique de tout visiter en l’espace d’une semaine, notre choix s’est orienté vers 3 régions bien distinctes et aux stratégies de production radicalement tranchées : la Barossa valley (région traditionnelle de production) ; le Riverland (production de masse basée sur l’irrigation) et Margaret River (région viticole en plein essor à la communication basée sur le terroir).
Une filière très concentrée dominée par les achats de raisins
La filière est très concentrée puisqu’en 2009, les trois premiers groupes australiens que sont Constellation avec 318 000 tonnes (Hardy’s), Foster’s avec 211 000 tonnes (Penfold’s, Wolf Blass, Rosemount, Lindemans, Wynn’s...) et Casella Wines avec 180 000 tonnes (Yellow Tail), représentaient près de 70% de la production nationale.
25% environ du vignoble appartiennent aux «wineries», l’essentiel est détenu par des producteurs indépendants qui vendent leurs raisins. On comprend que la gouvernance peut facilement tourner à l’avantage des «wineries» qui fixent les prix et contrôlent le marché. Actuellement en surproduction et en pleine crise, certains cours sont descendus en 2011 jusqu’à 150 €/tonne soit très nettement en dessous du côut de production.

Le vignoble de Coonawarra et ses sols de «terra rossa» sont
réputés pour la production de Cabernet Sauvignon aux
puissant arômes mentholés ou d’eucalyptus
Le dikat du marketing et des marques
Les marques phares australiennes ont envahi le monde et sont présentes dans les principaux pays consommateurs de vins. La France n’est pas épargnée puisque quelques marques sont représentées en CHR, chez les cavistes et dans la grande distribution. Les marques principales australiennes sont Penfold’s, Jacob’s Creek, Rosemount, Yellow Tail, Hardy’s, Lindeman’s, De Bortoli, Yalumba, Wolf Blass.
Un point commun à tous ces géants : la communication se fait essentiellement sur le cépage et les budgets marketing, aloués pour soutenir les marques sur les marchés d’exportation, sont colossaux. Les 3 premiers groupes investissent environ 10% de leur chiffre d’Affaire en budget marketing, ce qui représente pour le groupe Foster’s plus de 150 millions d’euros par an !!
Un contexte de crise depuis 2008
Depuis 2008, la filière australienne connaît une surproduction et traverse une crise sans précédent qui l’oblige à réduire de 20% sa production. Cette surproduction estimée à plus de 100 millions de caisses est la conséquence d’une augmentation de la production combinée à une baisse de la consommation dans un contexte de rise financière mondiale. L’Australie y a déjà répondu de manière rapide et efficace, en arrachant 13000 ha de vignoble et en ne récoltant pas sur 8000 ha. Les instances ne semblent pas encore prêtes à mettre en place une distillation de crise.
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